https://mediasdemasseblog.wordpress.com/2017/02/02/les-fameux-documentaires/

Yeah! Quelqu’un qui parle de mon domaine de « prédilection » !
Bonjour Grumpy 🙂

Je suis heureuse de cette prise de conscience de ta part. Je vais essayer dans ce commentaire de t’expliquer un peu plus peut-être l’essence d’un bon documentaire (selon moi) mais aussi comment  et pourquoi tu es tombé sur un docu-fiction-hollywood – on va l’appeler comme ça -.

Tout d’abord, chose qu’il faut rappeler (mais que nombreux oublient), le documentaire est un cinéma à part entière (comme le cinéma à part entière l’est). Il n’est pas un genre, car il y a des multitudes de formes de documentaire. Tu le sais, le cinéma a débuté en forme documentaire (prises des opérateurs lumières). Le 7ème art a donc été intrinsèquement lié au réel dès le début. Mais il faut avouer que le réel « brute » n’est pas forcément attrayant, hormis si celui-ci est exotique.

J’en viens à mon premier point : Voir notre réel à l’écran ne nous attire pas. C’est pour cela que les opérateurs lumières sont vite partis avec leur cinématographe à travers le monde, pour faire découvrir aux spectateurs des images exotiques, atypiques et impressionnantes (autre culture, paysages, animaux sauvages,…). On est toujours plus attiré par un réel qui n’est pas le notre. Le premier documentaire qui fut un succès (hollywoodien j’entends) fut Nanouk l’esquimau (Robert Flaherty, 1929). – petite anecdote : c’est pour ça que nous appelons certaines glace des esquimaux! car elles étaient vendues dans les cinéma à cette période. –  L’explorateur et cinéaste Flaherty, va, dans ce film, passer beaucoup de temps à filmer une famille d’Inuit. II les mettait en scène en train de chasser, de jouer, de fabriquer un igloo. Ici, le réalisateur fabrique un mythe. En effet, à cette époque, de nombreux Inuits avaient déjà des habitations fixes, rares sont ceux qui vivaient encore dans des igloos. Plus encore, les Inuits sont polygames mais Flaherty a refusé de filmer le père de famille avec toutes ses femmes car cela aurait été très mal reçu par le public occidental (censuré même). Ainsi, en filmant l’autre, on peut très vite tomber dans un piège, filmer (et monter) son regard sur l’autre, mettre en scène sa société chez l’autre, tomber dans l’ethnocentrisme. On aime l’exotisme, mais il faut qu’ils restent comme « nous » tout de même.

nanouk-l-esquimau-01-g

Dans le film que tu as vu, tu t’es rendu compte d’une forte mise en scène, d’une fois, d’images et d’effets incroyables. C’est distrayant, c’est « incroyable ». Mais le réel doit-il être incroyable? Plus encore, le réel doit-il être dicté par une voix qui décrit, qui explique, ou devons-nous l’interpréter subjectivement? Cette fameuse « voice of god » est-elle très documentaire, dans le sens propre du terme?

Le cinéma québécois est intrinsèquement lié au cinéma vérité (ou cinéma direct). Pour expliquer dans les grande ligne, le cinéma vérité est un cinéma documentaire qui laisse le spectateur devenir observateur actif. On ne l’aide pas, on ne l’informe pas, on lui offre juste des images, les plus réelles possibles. Par exemple, on général, dans le cinéma vérité, aucune musique n’est utilisé car la musique dicte des émotions. Il n’y a, en général, pas non plus de voix off ou de texte (hormis pour introduire un contexte précis). Ces films, doués d’un réel incroyables sont selon moi cette essence même du documentaire : on essaye le moins possible de remanipuler le réel par des ajouts superficiels. Qui plus est, le cinéma vérité est en général doté de plan séquence (on évite à tout pris le montage, on travail avec la profondeur de champ, avec le cadre, avec la durée du plan). Mais ce cinéma n’est pas facile à regarder. En effet, nous sommes habitués à être accompagné dans une fiction (par un montage, un rythme, des voix qui nous dictent – un peu comme à la télé haha -) mais le vrai réel est brute et est une véritable épreuve (réel et cinématographique).

J’ai pour ma part une passion pour le réalisateur chinois Wang Bing, très apprécié des cinéphiles français (ce sont en général des boites de production françaises qui financent). Wang Bing, lorsqu’il tourne un film, passe 6 mois avec les protagonistes qu’il suit. Et il les suit, en filmant. Au début, il échange juste, puis quand une véritable relation est créé il filme.

Il abandonne son réel pour en découvrir un autre et pour ensuite tenter de le mettre en image. Grace à son implication, il offre dans ses films des incroyables fresques intimes de la Chine (une Chine pauvre, paysanne, oubliée). Pourtant, c’est une épreuvre de regarder ses films (le plus long – et son premier – dure 9 heures je crois… on rentre dans une autre perspective du cinéma). Je te mets ci-joint la bande annonce de A la folie, son dernier film. Il a filmé dans un hôpital psychiatrique dans la campagne chinoise (je ne te cache pas que ses films sont psychologiquement difficiles à voir).

En somme, les documentaires, pour être visionnés par tous doivent être fictionnalisé (musique, montage, voix off) et doivent dicter une émotion (et parfois c’est raté : comme ton film!). Le cinéma vérité (œuvre brute du documentaire) n’est pas accessible à tous. Je pourrais te parler de toutes les formes de documentaire qui existent mais ce serait trop long. En tout cas, je suis sûre que tous les documentaires sur Netflix sont quelque peu fictionnalisés (parfois même épique ?).

Pour moi, l’un des grands documentaristes qui existe aujourd’hui est Patricio Guzmann car il réussit à rendre accessible et poétique un réel brute et violent. Il utilise la voix off, il utilise la musique, il utilise des métaphores pour mettre en image un réel qui n’a jamais été mis en image : l’histoire du Chili et les actes de Pinochet. Regarde cette beauté :

J’espère que je t’aurais appris quelques petites choses! Bonne journée.

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